Anciennes familles de Provence

 

Une "généalogie" du prénom Luc
dans l'aristocratie aixoise

 

La généalogie est, par définition, l’étude de la filiation des individus. Le terme est également employé, par analogie, à d’autres situations où l’on veut marquer un lien de transmission directe et répétée, d’une idée à une autre, d’un talent à un autre, d’une appellation à une autre. Participant de ces deux types de filiations, l’une biologique, l’autre intellectuelle, se trouve une autre transmission inscrite au coeur de nos familles, tout aussi intéressante mais peu étudiée : la transmission des prénoms.

La tradition de reporter sur la tête d’un nouveau-né le prénom du père ou du grand-père, d’un oncle ou d’une tante, est constitutif de notre sociologie familiale. Associée tantôt à l’idée de succession et tantôt, par le baptême chrétien, à l’idée de paternité complémentaire ou substitutive (patrinus). Elle est surtout, pour le généalogiste, lorsqu’une filiation s’avère difficile à établir par les documents, un moyen sérieux de fonder un hypothèse filiative.

Encore bien présente au début du XXe siècle, la transmission des prénoms est une tradition qui a peu à peu disparu, notamment avec l’arrivée de nouveaux prénoms, reléguant parmi les prénoms secondaires de l’état-civil le souvenir de l’ayeul Raymond ou de l’oncle Raoul, puis a définitivement cédé la place dans les dernières décennies du XXe siècle à la libre inspiration des parents.

En bien des endroits de France pourtant, des exemples ont existé où la tradition du prénom porté par un ancêtre marquant de la famille s’est perpétuée sur plusieurs générations. Tel est le cas, dans l’aristocratie aixoise, aux XVIIe et XVIIIe siècles, de la famille du secrétaire du roi Luc Fagou, arrivé de Paris et marié à Aix en 1632, amenant avec lui ce prénom assez peu répandu en Provence, que cinq de ses sept filles ont transmis à leurs enfants et qui s’est perpétué durant cinq générations jusqu’à la fin du XVIIIe siècle.

C’est ainsi que le moraliste Vauvenargues (Luc de Clapiers) dut son prénom à un frère de son ayeule maternelle, lequel tenait de son grand-père, le conseiller Luc Fagou.

 


 
 
 
contact